Vous pouvez retirer votre 2e pilier dans cinq cas seulement : à la retraite, en devenant indépendant à titre principal, en quittant définitivement la Suisse, pour acheter votre résidence principale, ou si votre avoir est minime. Le conjoint doit donner son accord écrit, et un rachat bloque le retrait en capital pendant trois ans.
Votre avoir du 2e pilier est bloqué jusqu'à la retraite. La loi prévoit pourtant cinq situations où vous pouvez le toucher plus tôt, en totalité ou en partie. Chacune a ses conditions, ses délais et ses pièges. Voici la carte complète.
Les 5 situations qui débloquent votre 2e pilier
1. La retraite
Vous pouvez demander tout ou partie de votre avoir en capital au lieu de la rente. Au minimum un quart de l'avoir obligatoire, davantage si le règlement de votre caisse le permet.
Dès 58 ans selon le règlement2. Devenir indépendant
Si l'activité indépendante devient votre activité principale et que vous n'êtes plus soumis à la LPP obligatoire, vous pouvez retirer votre avoir.
Dans l'année qui suit le lancement3. Quitter la Suisse
Départ définitif : retrait possible, mais limité à la part surobligatoire si vous partez dans un pays de l'UE ou de l'AELE et y êtes assuré obligatoirement.
Selon le pays de destination4. Acheter son logement
Encouragement à la propriété du logement (EPL) : retrait anticipé ou mise en gage pour acheter, construire ou amortir l'hypothèque de votre résidence principale.
Jusqu'à 3 ans avant la retraite5. Un très petit avoir
Si votre prestation de sortie est inférieure au montant annuel de vos propres cotisations, elle peut vous être versée en espèces.
Cas rareEt pas pour le reste
Dettes, voiture, études, voyage, trou de trésorerie : le 2e pilier ne se retire pas pour ces motifs. Il reste bloqué, même en cas de chômage.
Avoir bloqué1. À la retraite : rente, capital ou un mélange
La loi garantit le droit de toucher au moins un quart de l'avoir de vieillesse obligatoire en capital. La plupart des caisses vont plus loin et permettent un retrait jusqu'à 100 %. Ce qui compte :
- Le délai d'annonce. Beaucoup de règlements exigent que le choix du capital soit communiqué à l'avance, parfois un à trois ans avant le départ. Passé ce délai, c'est la rente.
- L'accord du conjoint. Si vous êtes marié ou en partenariat enregistré, son consentement écrit est requis pour un versement en capital.
- Le blocage de trois ans après un rachat. Les prestations issues d'un rachat ne peuvent pas être retirées en capital pendant trois ans, retrait pour le logement compris (art. 79b al. 3 LPP). Un rachat suivi d'un retrait trop tôt peut perdre sa déduction fiscale.
Le choix entre rente et capital est l'une des décisions les plus lourdes de votre retraite. Notre guide rente ou capital détaille les critères.
2. Devenir indépendant
Vous lancez votre propre activité et elle devient votre activité principale ? Vous pouvez retirer votre 2e pilier pour la financer, à trois conditions :
Être reconnu indépendant par l'AVS
La caisse de compensation doit vous affilier comme indépendant. Son attestation est la pièce clé de votre demande.
Ne plus être soumis à la LPP obligatoire
Si vous créez une Sàrl ou une SA et vous versez un salaire, vous êtes salarié de votre société : le retrait n'est pas possible, votre avoir doit suivre dans la caisse de l'entreprise.
Agir rapidement
En pratique, la plupart des institutions acceptent la demande dans l'année qui suit le début de l'activité. Au-delà, le droit peut être refusé.
Retirer tout son 2e pilier pour lancer une activité, c'est aussi perdre sa couverture décès et invalidité. Vérifiez comment vous la reconstituez avant de signer. Notre guide 2e pilier et indépendants compare les options.
3. Quitter définitivement la Suisse
Un départ définitif permet le retrait en espèces, avec une nuance de taille selon la destination :
| Vous partez pour | Part obligatoire (LPP) | Part surobligatoire |
|---|---|---|
| Un pays hors UE et AELE (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Asie…) | Retrait possible | Retrait possible |
| Un pays de l'UE ou de l'AELE, et vous y êtes assuré obligatoirement | Bloquée sur un compte de libre passage en Suisse jusqu'à la retraite | Retrait possible |
| Un pays de l'UE ou de l'AELE, sans assurance obligatoire sur place | Retrait possible sur attestation | Retrait possible |
| Le Liechtenstein | Pas de versement en espèces : transfert vers une institution du Liechtenstein | |
Le capital versé à une personne domiciliée à l'étranger est soumis à un impôt à la source en Suisse, selon le canton du siège de l'institution. Une convention de double imposition permet souvent d'en obtenir le remboursement. Le choix de l'institution de libre passage avant le départ n'est donc pas neutre.
4. Acheter son logement (EPL)
L'encouragement à la propriété du logement permet d'utiliser votre 2e pilier pour votre résidence principale, en Suisse ou à l'étranger, mais jamais pour une résidence secondaire ou un bien locatif.
Deux voies sont possibles. Le retrait anticipé augmente vos fonds propres mais réduit votre future rente et vos prestations en cas de décès ou d'invalidité. Il est imposé immédiatement. La mise en gage sert de garantie à la banque sans toucher à votre avoir. Elle préserve vos prestations, mais augmente la dette hypothécaire. Le consentement écrit du conjoint est requis dans les deux cas.
Tant que le retrait EPL n'est pas remboursé, vous ne pouvez en principe pas faire de rachat volontaire dans votre caisse, sauf lorsque le remboursement n'est plus admis (art. 79b al. 3 LPP, art. 60d OPP 2). Un remboursement ultérieur est possible, et l'impôt payé vous est alors restitué sans intérêt.
5. Un avoir minime
Si votre prestation de sortie est inférieure à vos cotisations personnelles d'une année, par exemple après un emploi de courte durée, elle peut vous être versée directement. C'est rare, mais utile à connaître lors d'un changement d'emploi.
Cas pratique fictif
Nadia, 41 ans, quitte son poste pour ouvrir son cabinet de physiothérapie à Sion
Nadia a CHF 180'000 sur son 2e pilier. Elle s'installe en raison individuelle et obtient son attestation d'indépendante de la caisse de compensation. Elle pourrait tout retirer. Son choix : retirer CHF 60'000 pour son équipement, et laisser CHF 120'000 sur deux comptes de libre passage, qu'elle pourra échelonner à la retraite. En parallèle, elle souscrit une couverture décès et invalidité et cotise au 3e pilier, dont le plafond est plus élevé pour un indépendant sans 2e pilier.
Les erreurs fréquentes
- Laisser passer le délai d'annonce du capital dans le règlement de la caisse.
- Faire un rachat moins de trois ans avant un retrait en capital ou un EPL.
- Retirer tout son avoir pour devenir indépendant sans reconstituer sa couverture décès et invalidité.
- Partir dans l'UE en pensant tout retirer, alors que la part obligatoire reste bloquée.
- Oublier l'impôt : chaque retrait est imposé. Voir l'impôt sur le retrait du 2e pilier.
